Œnotourisme : Entre Dordogne et Isle, le Libournais fait vibrer le vin
De Libourne la fluviale à Saint-Émilion la médiévale, de Pomerol la discrète à Fronsac, Francs ou Castillon, plus confidentielles, un vignoble très ancien se révèle, prestigieux et accessible

Porte des vignobles de la Rive droite, cette ancienne capitale du négoce mérite que l’on s’y attarde. Fondée en 1270 au confluent de l’Isle et de la Dordogne, premier port maritime à près de cent kilomètres à l’intérieur des terres, elle a prospéré grâce au vin, au sel et au bois expédiés vers l’Europe. L’ancienne bastide royale anglaise conserve son plan en damier, sa place Abel Surchamp bordée d’arcades où se tient, trois fois par semaine, l’un des plus anciens marchés d’Aquitaine, son hôtel de ville du XVIe et ses quais en pierre où l’on embarque sur les gabares pour remonter au temps des bateliers. Il faut aussi découvrir le musée des Beaux-Arts (L’arrivée au pressoir de Princeteau, Dans les vignes de Reimans), la chapelle royale de Condat, bijou gothique, les croisières-dégustation. Le soir, en terrasse sur les quais, on effeuille les vins du Libournais face à la lente confluence des deux rivières. Une entrée en matière savoureuse avant de filer vers Saint-Émilion, Pomerol, Fronsac ou les côtes voisines, en voiture, à vélo ou en wine tour sur mesure (orchestrés par l’ office de tourisme du Libournais ).
Retrouver Saint-Émilion, vignoble star et paysage Unesco
La star de la région attire chaque année un million de visiteurs. Perchée sur son éperon calcaire, la cité médiévale regarde son vignoble mythique s’étendre sur 5 400 hectares. La juridiction (huit communes formant un paysage culturel viticole), classée à l’Unesco, aligne dix-sept monuments historiques : tour du Roy, église collégiale et cloître, Grandes Murailles, Palais Cardinal, porte Brunet, sans oublier, l’église monolithe, véritable trésor creusé dans le calcaire blond. Du haut du clocher, le vignoble se lit comme une carte géologique à ciel ouvert, tout en pentes douces et terrasses calcaires, jusqu’aux berges de la Dordogne. Le grand Saint-Émilionnais, avec ses 85 propriétés viticoles classées, quelques 200 kilomètres de carrières souterraines, ses moulins de Calon (à Montagne) et son menhir de Pierrefitte offre une alternance captivante de tertres et lavoirs. Il peut se parcourir à pied, en suivant l’un des trente circuits de randonnée, ou sur la « véloroute des Pèlerins », avec des haltes de choix : visites souterraines de la cité, chais spectaculaires, écoles du vin, écomusée (Château Petit Faurie de Soutard).
Se glisser à Pomerol, dans un luxe discret
À l’est de l’Isle, l’autre vedette de la région cultive l’art de la discrétion. À l’échelle d’un vignoble, Pomerol est minuscule (moins de 800 hectares), à celle de la légende, ses crus font rêver la planète entière, de Petrus à Cheval Blanc, de La Conseillante à L’Évangile. Ici, pas de décor médiéval, mais un plateau doucement ondulé, à peine quarante mètres d’altitude, intimiste. Une forme de Bourgogne bordelaise, où chaque rang de merlot raconte un climat. Les domaines se devinent, derrière grilles, allées de cyprès, chartreuses basses, avec leurs clos secrets et chais contemporains visitables sur rendez-vous. Pomerol n’affiche pas de monument phare ; son patrimoine se lit en creux, du lavoir de Catusseau réhabilité à l’église Saint-Jean reconstruite au XIXe siècle. À proximité, sa maison des vins joue les passeurs, avec ouvrages de référence et belle sélection de crus vendus à prix propriété. Au-delà du ruisseau de la Barbanne, limite nord de l’appellation, Lalande-de-Pomerol avance en cousine très proche, offrant une lecture plus accessible, et tout aussi sérieuse, du style Rive droite.
S’aventurer sur des chemins plus secrets
À côté des têtes d’affiche, Fronsac, Castillon, Francs révèlent un Libournais plus confidentiel. Au nord-ouest de Libourne, Fronsac surplombe les vallées de l’Isle et de la Dordogne offrant un paysage viticole classé parmi les plus beaux du Bordelais. Des sentiers balisés – dont la boucle du tertre de Fronsac – y serpentent autour des vignes juchées sur des coteaux entaillés de combes. Castillon-la-Bataille prolonge la promenade entre plateaux de vignes et ports fluviaux et y mêle des parfums d’histoire : la bataille de 1453, qui mit fin à la guerre de Cent Ans, y est reconstituée chaque été. Plus au nord, Francs déroule 500 hectares de vignobles ourlés de chais adossés aux maisons de pierre, de lavoirs et de croix de chemin, autant d’invitations à multiplier les haltes chez les vignerons en bio ou biodynamie, passés maîtres dans l’art des visites, ateliers et micro-cuvées à déguster sur place.
Vivre le vignoble autrement, entre photo, philo et surf
Outre les week-ends portes ouvertes dans les propriétés et les fêtes des vendanges, le cœur de la région bat au rythme de grands rendez-vous récurrents. À Pomerol, la quinzième édition du Printemps photographique investira le vignoble (26-28 mars) tandis que la troisième édition de L’Épaulée libournaise rassemblera vignerons et visiteurs sur les quais et dans le centre-ville de Libourne (15-16 mai). Fin juin, fête de la musique et festival Confluence animeront les rives de la Dordogne et de l’Isle. Saint-Émilion joue une plus éclectique partition avec son désormais classique marathon (Les vins kms, 12 avril) et ses festivals Biotope, organisé cette année autour du thème « Vivants ?! » (15-19 mai), et Philosophia, qui explorera la notion d’intelligence (29-31 mai). À Fronsac, le festival de musique et spectacles vivants Confluents d’Art se déploiera au château de La Rivière (3-4 juillet). Enfin, aux grandes marées d’équinoxe, le mascaret, vague spectaculaire qui remonte la Dordogne, attire surfeurs et paddles, rappelant que le fleuve transporte depuis toujours l’écume de l’océan jusqu’au pied des vignes.
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Château Dassault
Ici, on ne parle pas d’atterrissage en douceur, mais de trajectoire maîtrisée. Le domaine naît en 1862 sous le nom de Couperie. En 1955, Marcel Dassault en prend les commandes, « sur un coup de cœur ». Il modernise, replante, rebaptise. La montée en puissance est rapide. En 1969, le château devient grand cru classé de Saint-Émilion. Le vignoble s’étend aujourd’hui sur 39 hectares d’un seul tenant. L’orientation nord joue les régulateurs de vol, préservant fraîcheur et équilibre face aux étés brûlants. Certifié HVE3 et Bee Friendly, le domaine fonctionne comme un écosystème précis : haies bocagères, jachères, couverts végétaux, vergers haute-tige, pépinière conservatoire et présence régulière de doctorants-chercheurs. Inauguré en 2022, le nouveau chai en béton et acier affiche une rigueur presque aéronautique. Mur vitré, poutrelles évoquant les nervures d’ailes, vinifications parcellaires et espace consacré à la recherche. À l’étage, une salle de dégustation avec terrasses surplombe le vignoble et une sculpture en acier corten de Bernar Venet. Si les visites se font uniquement sur rendez-vous, les projets œnotouristiques à venir promettent d’ouvrir de nouveaux horizons.
Le + : Visites en petit comité et sur mesure, avec le maître de chai, le chef de culture, et même Valérie Befve, directrice générale. Balade dans le vaste parc classé abritant un étang bruissant de vie.
Château Dassault
971, route de Peyreau
33330 Saint-Émilion
Tél. : 05 57 55 10 00
dassaultwineestates.com